les anticipations rationnelles

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Définitions

Au sens général, une anticipation est le fait d’exécuter ou d’imaginer une chose d’avance.

Au sens économique, les anticipations des agents économiques sont  les hypothèses subjectives plus ou moins pessimistes ou optimistes leur permettant de fonder des prévisions en vue d’une décision.

Les anticipations jouent un rôle dans le déroulement de la conjoncture économique. On peut calculer l’élasticité d’anticipation d’un sujet économique par le rapport entre l’évolution (en pourcentage) du prix du bien pour une période donnée et l’évolution passée du prix de ce même bien pendant une durée de période égale.

Comment les particuliers et entreprises élaborent-elles leurs anticipations ?

On distingue plusieurs types d’anticipations :

les anticipations myopes ou extrapolatives (traité par Metzler et Keynes): les individus ont parfois une vue à court terme et estiment que ce qui est vrai aujourd’hui (évolution actuelle des variables) le sera dans le futur. La valeur anticipée d’une variable à la période T dépend de sa valeur à la période T-1 et de la tendance de l’évolution de cette variable : le futur s’inscrit dans le prolongement de la tendance passée observée.

Les anticipations statiques : les individus croient que les prix et les salaires vont rester à leur niveau courant dans le futur (constance des variables).

les anticipations adaptatives

les anticipations rationnelles

 

Anticipations adaptatives et anticipations rationnelles

Anticipations adaptatives :

C’est une conception de Milton Friedman selon laquelle, dans le domaine de l’inflation, l’anticipation se fonde sur la valeur présente d’une variable et sur les erreurs de prévisions faites à la période précédente.

 Caractéristique : les anticipations adaptatives tiennent compte des erreurs commises par le passé qui influent sur la variable et que l’agent adapte à la situation actuelle (en plus de la tendance présente).

 Conséquence : la réaction des agents économiques n’est pas instantanée : le niveau futur anticipé des prix est issu d’un mécanisme d’ajustement nécessitant un temps de décalage. Ainsi il existe un temps d’adaptation à l’intégration  la loi d’évolution (expérience par rapport à la période précédente).

à Les anticipations adaptatives donnent lieu a des règles rétrospectives (« backward looking »)

 Faiblesse importante : les anticipations adaptatives impliquent généralement des erreurs de prévisions systématiques qui sont coûteuses pour les agents économiques. Ces décisions des agents cherchant à maximiser leur utilité reposent sur leurs anticipations de l’évolution future de l’agrégat monétaire. Les erreurs de prévisions systématiques entraînent des distorsions répétées au niveau de l’allocation des ressources car les actions économiques sont continuellement basées sur des croyances incorrectes de l’état futur du système à source de pertes de bien-être pour les agents puisque l’utilité vient de la consommation et de l’épargne. Ainsi les anticipations adaptatives sont sous-optimales pour les agents. De ce fait, les agents cherchant à maximiser leur bien-être ont intérêt à former des anticipations plus riches afin d’éliminer les erreurs de prévisions.

 Anticipations rationnelles :

Théorie issue de l’hypothèse proposée par Muth en 1961 et reprise et développée dans les 70’s par divers économistes comme Barro, Lucas, Sargent ou encore Wallace, ou d’autres économistes de l’école de Minneapolis ou de Chicago.

Cette théorie part d’une critique des anticipations adaptatives.

 Caractéristiques :

  • les agents rationnels tiennent compte de l’ensemble de l’information pertinente dont ils disposent à un moment donné, présente ou passée voire future (en tenant compte également des politiques en cours ou annoncées par les gouvernements) pour élaborer leurs anticipations, et pas seulement des erreurs passées.
  • les agents économiques possèdent un certain modèle de l’économie qui relie les variables exogènes aux variables endogènes sur lequel ils basent leurs anticipations. Pour tirer parti de toute l’information pertinente d’un moment, les agents économiques disposent d’un schéma interprétatif du « bon » fonctionnement de l’économie, i.e. du modèle néo-classique (économie à l’équilibre, flexibilité des prix, etc…).

 Les anticipations rationnelles donnent lieu à des règles de perspectives (« forward looking »).

 Conséquences : les agents ne font pas d’erreurs systématiques de prévisions comme dans le cas des anticipations adaptatives car les anticipations rationnelles sont fondées une information parfaite, abondante et non biaisée. Aucun élément de l’information n’a plus d’importance qu’un autre. Les agents connaissent le fonctionnement du système économique ce qui leur permet de faire des anticipations qui s’avèrent justes.

 

NB : il ne faut cependant pas en conclure que les agents économiques sont omniscients et qu’ils ne se trompent jamais. Les anticipations rationnelles ne sont pas parfaites au sens où individuellement les agents peuvent parfois se tromper. Il existe des erreurs mais ces erreurs ne sont pas systématiques et ont lieu tantôt par excès (optimisme), tantôt par défaut (pessimisme des agents), i.e. les erreurs sont distribuées de façon aléatoire et se compensent sur la masse d’anticipations effectuées. Ainsi l’hypothèse de base reste que les anticipations rationnelles se vérifient en moyenne.

 Avantage : l’absence d’erreurs de prévisions réduit les pertes de bien-être. La justesse des anticipations rationnelles permet aux agents de prendre des décisions optimales.

 c)     conséquences sur la formation des prix (niveau micro et macro)

 Le 19 octobre 1987, la valeur globale des actions des entreprises américaines a enregistré une baisse de 500 milliards de dollars en un seul jour, soit une diminution de près de 25%. Comment le modèle de l’offre et de la demande permet-il d’expliquer d’aussi fortes variations de prix ?

La réponse tient au rôle critique joué par les anticipations sur le marché des actifs. Des actifs comme l’or, la terre ou les actions ont une durée de vie longue. On peut les acheter à une date et les vendre à une autre. Pour cette raison, le prix qu’un individu accepte de payer aujourd’hui pour un actif ne dépend pas seulement des conditions actuelles – du rendement ou du bénéfice immédiat – mais aussi des anticipations sur les conditions de demain. Les anticipations jouent sur les prix courants puisque la demande présente d’un actif dépendra de la valeur future anticipée de cet actif par l’agent économique. Les marchés des actifs sont liés dans le temps.

à toute modification des anticipations relatives à l’avenir d’une variables a un impact sur la demande présente même si aucune variation actuelle, ni des goûts, ni des technologies, ni des revenus, ni encore des prix des autres biens n’a lieu. 

 Le calcul de la valeur actualisée permet de mesurer et de comparer les rendements anticipés. La demande d’aujourd’hui pour un actif dépendra de la valeur actualisée que l’on espère obtenir quand on le vendra dans le futur.

La valeur actualisée peut se modifier pour deux raisons :

  • elle peut changer du fait d’une variation des anticipations faites sur le prix attendu d’un actif au moment de la vente. L’instabilité de ces anticipations explique en grande partie la volatilité des prix des actifs. On appelle « bulles spéculatives » dans le prix d’un actif les augmentations du prix de cet actif qui sont fondées uniquement sur l’anticipation d’une augmentation de ce prix dans le futur – et non fondées sur la hausse du rendement réel procuré par cet actif. Les prix continuent à croître aussi longtemps que quelqu’un anticipe qu’ils vont monter. A partir du moment où plus personne ne croit à la persistance de cette hausse, le prix s’effondre.
  • la valeur actualisée peut changer par suite d’une variation du taux d’intérêt. Une hausse du taux d’intérêt réduit la valeur actualisée de tout revenu que l’on prévoit de gagner dans le futur. Cela explique en partie pourquoi les hausses des taux d’intérêt s’accompagnent souvent de chutes de la valeur des actions en bourse, et inversement.

Bibliographie :

Samuelson & Nordhaus, Economie, Economica, 18e édition

Stiglitz, Principes d’économie moderne, De Boerk, 21e édition

Abraham-Frois, Economie politique, Economica, 7e édition

http://sceco.univ-aix.fr/ecoledoctorale/expect.pdf

 

 

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