peut-on réguler la finance? Conférence de D.Colle résumée par S.H et G.B

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Peut-on réguler la finance ? (D. Colle)

 

 

Pour reprendre les termes du patron de la banque fédérale de l'état de New-York, William C. Dudley , « la crise actuelle est le résultat d’une bulle spéculative vieille de trente ans ». Le problème qui se pose actuellement est que beaucoup de personnes placent leur argent sans connaître l’investisseur qui promet souvent des rendements à court terme mais sans garantie (inégalité devant les informations, pas de transparence).

Qu’est-ce que la finance ? La finance fait référence des acteurs et des titres financiers, il existe trois types de finance :

-la finance d’entreprise : finance l’activité des entreprises

- la finance de l’Etat qui finance les activités de l’Etat

- la finance de marché.

Son rôle est de mettre en relation des agents à capacité de financement et ceux à besoin de financement (attention, il ne faut pas oublier que la finance sert avant tout à financer un projet=> dimension qui manque généralement lors des entretiens !)

La régulation est un ensemble de règles que les individus s’imposent à eux-mêmes pour limiter leurs actions et interactions, ici cela passe par la mise en place d’institutions.

Peut-on réguler les banques ? Les émissions de titres ? Les innovations financières ? L’achat de titre et d’innovation sur le marché financier ? Peut-on réguler la spéculation ?

Le terme de spéculation est défini en 1954 comme l’achat d’un titre financier dans le but de le revendre plus tard à un prix plus élevé.

On parle de secteur financier et bancaire mais le terme d’industrie serait plus adapté car il faut sans cesse innover => l’innovation n’est pas réservée aux marchandises.

1776 La Richesse des Nations + théorème d’Euler : il faut concilier arithmétique, rationalité et équité, on sécurise les innovations financières sur la base de la probabilité de la durée de vie des hommes.

 

  1. Les valeurs du monde. Pourquoi doit-on réguler ?

 

La question se pose du fait d’une crise récurrente qui a fait disparaître en quelques mois 26 milliards de dollars soit 14 fois le PIB français. Est-ce une crise d’illiquidité ou d’instabilité ? La liquidité bien que souvent perçue comme un stock est en réalité un flux. Alors pourquoi le flux s’est-il tari ? Car il y a eu des investissements dans des titres risqués.

Effet de levier : en hausse il accentue la hausse et en baisse il accentue la baisse, il a donc un caractère pro cyclique. La confiance en ceux à qui l’on prête diminue et il y a un rationnement du crédit (credit crunch) qui touche toute l’économie. En effet le rationnement du crédit entraine une baisse de l’achat de patrimoine, donc une baisse de la valeur (loi de l''offre et de la demande) de ce patrimoine, des actifs. La situation d’endettement des ménages entraine une baisse de la consommation qui touche de façon négative les entreprises elles mêmes touchées par la crise, ce qui entraîne une baisse du cours des actions. Alors que la valeur du capital baisse, la dette elle est restée identique et sa valeur a augmenté.

90% des PME française déclarent qu’elles vont revoir à la baisse leurs Investissements pour l’année prochaine. => Crise financière entraine une crise éco. Il y a un ralentissement de la croissance de 4% donc nécessité de réguler la finance.

 

  1. Des valeurs sans monde : que peut-on ou qui peut-on réguler ?

 

Le peu de règles qui ont été imposées à la finance sont vite détournées. La première règle étant l’interdiction de prêter dans le but de faire une plus-value. Cette règle dictée par la religion catholique n’existe plus depuis l’apparition du protestantisme et a été très souvent contournée avant.

Les banques aujourd'hui ont pour obligation de posséder en permanence 8% de fonds propres relativement à leurs engagements dits « à risque ». Les normes Bâle II et Bâle III ont étendu cette notion de risque à un nombre plus important d'actifs. Actuellement il y a une nécessité de proportionner les fonds propres des banques en fonction des risques liées au crédit, à la situation de crise.

A. Merkel et N. Sarkozy ont décidé qu’il était nécessaire de doubler les fonds propres des grandes banques qui doit passer de 4% à 9% pour limiter la prise de risque des banques sur le marché financier. Mais il s’agit là d’une relation indirecte.

Titrisation : A partir d’une créance détenue sur les ménages on fait comme si on diminue le risque en découpant la créance pour en faire des titres.

La FED mesure une augmentation des actifs financiers détenus par les ménages (x60) et des courtiers (x 800) pour une base 1 en 54. Accélération de ce processus depuis les années 80.

Qui espère-t-on réguler ?

Le marché financier qui génère des titres répondant à l’offre et à la demande. Demande car les individus sont prêts à acquérir ces titres qu'ils les ont en quelque sorte demandés.

Shaw–Burley (années 60) : l’offre d’innovations financières résulta d'un comportement de contournement des règlementations (ex : rémunérations…)

Innovations ne peuvent être réglementées à l'avance, les règles sont produites en même temps.

La règlementation du marché se fait par lui-même. En matière de finance ce sont les innovateurs qui déclarent que l’innovation est bonne ou pas, mais on ne peut être sûr de rien avant d’avoir essayé. C’est donc un procédé d’émancipation des règles. Le monde que l’on veut règlementer est, de plus, infini puisqu’il y a beaucoup d’établissement financiers, de courtiers qui ne peuvent être soumis à ces règles. On peut donc réguler les banques mais pas les institutions financières.

Taxe Tobbin : proposition d’instituer une taxe sur les mouvements de capitaux à long terme pour limiter la spéculation mais en réalité cela ne réduira pas le phénomène et ne fera qu’engranger de nouvelles ressources.

 

  1. Un monde sans valeurs : On ne peut pas réglementer la finance.

 

Paul Valery définit un jeu comme une activité humaine où dès lors que les règles du jeu ne semblent plus évidentes, le jeu s’écroule. L’homme est passé de « l’homo faber » à « l’homo jugen » car la finance apparaît comme un jeu en ce qu’elle est ludique : on peut y participer à la condition d’avoir un minimum d’épargne et le jeu est illimité. Mais les règles du jeu sont très mal définies puisque ce sont les entreprises qui doivent imposer des règles pour limiter la prise de risque (ex : Espagne obligation pour les banques de provisionner de somme en fonctions des prêts à hauts risques qu’elles vont accorder). La finance n’est pas assez règlementée en Europe et ce à cause de difficultés à converger sur la définition des règles. Et même s’il y avait une régulation financière, rien n’empêche l’infraction puisque les règles sont justes dissuasives.

La finance apparaît comme ludique mais également vertueuse, source d'enrichissement. Or on confond souvent amour du risque et amour de l’enrichissement avec l' idée qu' il n’y aurait pas de profits sans risques.

On constate un changement dans les comportements des ménages depuis une quarantaine d'années. Une baisse du taux d'épargne moyen de 15% à 8-10%, et dans le même temps, une hausse du taux d'endettement liée à la volonté de posséder plus de biens même si le revenu augmente peu. De ce fait il y a un recours à l’emprunt. La plupart des ménages deviennent donc rentiers, c’est-à-dire qu’ils sont soucieux de la rentabilité de leur capitaux et non plus de leur travail. Tout le monde se prend pour un spéculateur, l'investissement dit « du bon père de famille » est désuet aujourd'hui. Ils veulent participer à la bourse, cela constitue souvent une fierté, on pourrait dire qu’il s’agit d’un phénomène de mode. Et il y a une satisfaction à la prise de risques quand celle-ci rapporte (ce qui n’est pas toujours le cas). Théorie de la psychologie des masses : un individu prit dans un mouvement collectif peut assez rapidement renoncer aux valeurs qui étaient les siennes.

 

Les ménages sont donc d’une certaine façon responsables de la crise puisqu’ils s’endettent. Les entreprises se livrent donc une nouvelle concurrence pour capter l’épargne, ils émettent des titres susceptibles de plaire aux marchés (et certaines entreprises rachète même leurs propres actions pour faire grimper leur cours en Bourse). Cela crée une nouvelle forme de concurrence sur les marchés financiers, certaines entreprises font ainsi augmenter leur cours en Bourse en rachetant leurs propres actions. Les entreprises prennent davantage soin de la rentabilité financière plutôt que des innovations, il y a donc une prise en compte du court terme et non du long terme.

Il n’y a pas de vérification de là où on place son argent, ni des informations qu’on nous donne => irresponsabilité collective.

Il faudrait donc règlementer le comportement des individus et agir en fonction des règles.

 

 

 



 

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